L'angoisse de la feuille blanche

  • Guillaume B

L’angoisse de la feuille blanche, en voilà un titre étrange!

C’est pourtant celui qu’a choisi une amie proche pour mon nouveau petit carnet. Un petit cadeau comme ça, juste pour le plaisir d’offrir, tout droit venu d’une papeterie méconnue de Toulouse.

Si j’en crois ses conseils, c’est un exercice salvateur que de se livrer à la rédaction de journaux en tout genre. C’est pourquoi je me suis lancé dans la rédaction de diverses petites notes quotidiennes. Même si je ne serais jamais capable de retracer toutes mes journées en quelques mots, comme elle-même en est capable, cela me permet de me livrer à cet exercice que j'apprécie tant : l'écriture. Plus que pour ma propre mémoire, je le fais pour le simple plaisir de rédiger ce qui me passe par la tête.

Ce titre évocateur m’a d’ailleurs inspiré plusieurs réflexions riches de sens grâce auxquelles j’ai tout de suite commencé à remplir mon carnet. Que peut-être exactement cette angoisse de la page blanche ? Et si c’était ce sentiment très rationnel qui me prend avant d’écrire. A mon sens l’angoisse décrit bien cette sorte d’appréhension qui anime tout écrivain avant de s’atteler à la tâche.

Cette tension, ce vertige que suscite "le moment d'avant" est indispensable. Il faut savoir le provoquer. Tel l’alpiniste pris soudainement par la peur du vide, et qui doit dépasser ce sentiment pour aller plus loin dans son périple, il faut savoir butter, hésiter même parfois, devant le prochain mot, la prochaine phrase, la prochaine page.

Ces moments, où le vide ne demande qu’à se remplir, peuvent paraître inutiles. Pourtant ils sont pleins de ce blanc immaculé qui invite à faire toujours mieux. Ils couvent en eux toutes les plus belles créations. Savourer l’instant qui précède la création, c’est embrasser les neufs Muses de l’inspiration toutes réunies pour le grand banquet de la création.

Mais dans le fond, ce que l’on appelle plus vulgairement une panne est le reflet de tout ce que nous n’arrivons pas à exprimer. Et c’est là toute la difficulté. Car il ne faut surtout pas sacrifier la beauté du non-dit parfois si inaccessible et pourtant si palpable en cet instant de grâce. Exploiter l’indicible, c’est toucher du doigt ce qu’il y a de plus beau à transmettre. En cela, avoir une panne d’inspiration, c’est aussi appréhender la suite, pour mieux éviter le faux pas.

Revenons donc à ce petit cadeau sympathique. Celui-ci tombe à pic car je suis en pause dans l’écriture. Mais cette période est plutôt fertile. Lorsque je me remets en prise avec la création, j’arrive petit à petit à mieux concevoir la suite. Ce qui me fait patienter c’est cette sensation d’inachevé dans mes textes, ce sentiment que rien n’est acquis et que les plus beaux textes s’écrivent dans la persévérance.

Si je devais exprimer ce que je cherche à atteindre peut-être serait-ce une nouvelle dimension dans mes écrits. Quelque chose qui soit plus en adéquation avec ce vide que je ressens parfois. Toutes ces choses si cachées, si secrètes, sur lesquelles tant de personnes on soufflé un vent d’oubli, je les coucherais sur le papier.

C’est peut-être ça le sens caché de ce carnet −celui d’une allégorie : celle de l’inspiration.

L'angoisse de la feuille blanche
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